Joseph apportant un message pour les un an de son assemblée, juste avant leur déménagement dans un local plus grand (devenu trop petit depuis).
Maoz Israel Report mars 2021

L’avocat devenu pasteur

Les israéliens sont rarement impressionnés par quoi que ce soit. On vit dans un pays difficile, la vie y est dure, et je pense que c’est pour ça qu’ils remarquent très vite quand quelqu’un vit quelque chose de particulièrement positif. Quand j’étais dans l’armée notamment, on me demandait très souvent : « Mais comment tu fais pour avoir l’air si paisible ? D’où vient cette paix qui émane de toi ? ». Tous mes beaux discours auraient eu un impact minime s’ils m’avaient vu perdre mon sang-froid ou tricher à l’examen de la veille. A contrario, quelques mots (parfois même, aucun mot du tout) en disaient long sur ma foi, sur ma manière de suivre les commandements du Seigneur (même si la plupart d’entre eux ne considéraient pas ça comme ça).


Shani Ferguson
By Shani Ferguson
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La plante en elle-même a tout juste 3 ans et pourtant, en Israël, cette assemblée est considérée comme une des congrégations avec le taux de croissance le plus élevé. Certes, leur sanctuaire principal n’est pas très impressionnant (un peu de moins de 50 places assises…) mais, tel un iceberg, le véritable fruit de cette croissance se trouve sous la surface. En réalité, l’assemblée forme une vaste toile de groupes de maisons, éparpillés çà et là dans diverses villes et villages du pays. On se demande bien comment Joseph fait (ce n’est pas son vrai nom) pour garder la cadence, vu le nombre impressionnant de nouveaux dirigeants qu’il forme et suit. Joseph, c’est l’avocat devenu pasteur dont on vous a déjà parlé dans une chronique précédente. Toutefois, d’une manière ou d’une autre, il y parvient avec beaucoup de succès, il réussit même à faire que les nouveaux adhérents se sentent tout de suite comme des proches. Et ce qui est d’autant plus grandiose avec cette jeune congrégation hébraïsante, c’est que sa croissance n’est pas due à la migration de croyants venant d’autres assemblées. La majorité des adhérents ont rencontré le Seigneur par l’entremise de Joseph lui-même, ou par l’intermédiaire de ceux qu’il a formés à en faire autant. Je vous aurais bien volontiers donné toutes les statistiques et les lieux exacts, mais ce serait prendre le risque d’exposer le groupe aux différentes organisations ayant pour seule raison d’exister : l’extermination du nom de Yéshoua de la nation d’Israël.

Kobi et Joseph sont entrés en contact pour la première fois juste avant que la Covid ne frappe. Joseph lui a rapidement partagé la vision qu’il chérissait dans son cœur, à savoir : implanter la première congrégation hébraïque éthiopienne en Israël. 

« C’est le moment ! » lui dit-il, « ça fait des dizaines d’années que mon peuple a émigré d’Ethiopie, la plupart d’entre nous parlent mieux l’hébreu que l’amharique, il y en a même qui ne connaissent pas l’amharique du tout. On a besoin d’une assemblée qui soit capable d’atteindre les jeunes éthiopiens qui ont vécu toute leur vie comme des israéliens. »

Malgré les restrictions sanitaires et les confinements, la congrégation de Joseph a continué de croître. Partant de rien, elle comptait déjà plusieurs douzaines de membres à la fin de la première année.

Aider les idées fragiles à devenir des œuvres stables et matures : c’est la passion première de Maoz. Sans hésiter donc, nous nous impliquions dans ce projet, prenant tout de suite sa réussite très à coeur. Plus nous passions de temps à observer Joseph faire de son peuple des disciples, plus nous prenions conscience du fait qu’il serait une bénédiction pour n’importe quel israélien, éthiopien ou pas. Nous lui demandions alors : « Est-ce que ta vision d’implanter une congrégation ne concernait que les éthiopiens ou est-ce que tu penses qu’elle serait valable pour tout type d’israéliens ? ». Notre question le fit sourire, « En posant ma vision sur papier pour cette assemblée, j’ai écrit que je souhaitais qu’elle devienne une assemblée pour les 12 tribus d’Israël, toutes confondues. »

Notre propre famille a fait de cette assemblée sa congrégation principale. Le culte a clairement gardé sa touche éthiopienne et malgré ça, chaque semaine, on voit apparaitre des israélites (non-éthiopiens) à la recherche d’une expérience spirituelle authentique et rafraichissante. L’assemblée est essentiellement composée de jeunes adultes et de jeunes familles. Kobi et moi avons passé la quarantaine et nous sommes souvent les plus âgés de tout le groupe…

Joseph a deux particularités, deux dons incroyables : c’est un évangéliste qui n’a pas froid aux yeux et un pasteur plein d’attention. Inutile de préciser que c’est une combinaison assez unique, d’autant plus en Israël. De toute évidence, peu de dirigeants seraient en mesure de savoir comment encadrer une telle combinaison, alors, un de ces jours, je décidais de m’assoir avec Joseph pour lui poser quelques questions. Je voulais en savoir un peu plus sur ses dernières expériences, mais aussi sur tout ce qu’il jugerait intéressant de partager avec les chrétiens du monde entier, concernant l’annonce de l’Évangile en Israël.

Des nouveaux témoignages de progressions spirituelles et de miracles sont partagés chaque semaine.

Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as parlé de Yéshoua à quelqu’un ?

« Bien sûr ! La première fois que j’ai témoigné à quelqu’un, j’étais ado, je venais tout juste d’accepter Yéshoua. Je viens d’une famille juive avec une forte identité juive et réaliser que Yéshoua était en fait la pièce maitresse de toute l’histoire du peuple juif, c’était simplement incroyable pour moi ! Il fallait absolument que j’en parle à quelqu’un… mais à qui ? 

Puis, un jour, je monte dans un taxi conduit par un homme arabe. Je savais à peine formuler mon témoignage en hébreu, le vocabulaire spirituel est très spécifique et, ne l’ayant jamais appris, il me manquait pas mal de mots. Mais j’étais tellement rempli de passion et d’audace que je me penchais tout de suite par-dessus le siège-avant pour lui balancer toutes les informations que j’avais été capable de retenir. 

Je sais pas si c’était le fait d’entendre un juif parler de Yéshoua ou le fait de voir un adolescent raconter sa vie avec autant de ferveur, mais il eut l’air complètement abasourdi.

Quand je suis sorti du taxi, je me sentais comme le roi du monde. Je l’avais fait ! J’avais témoigné de Yéshoua ! C’était mon propre témoignage que j’avais livré ! Probablement que dans l’excitation du moment, j’ai dû m’emmêler un peu les pinceaux, mais j’avais délivré l’essentiel de mon message : Yéshoua était le chemin vers le Père. Il pardonne les péchés et j’avais développé une relation personnelle avec lui.

Témoigner à ma famille par contre, ç’a été une toute autre histoire. Je suis issu d’un milieu conservateur, traditionnel, à tendance ultra-orthodoxe et je m’attendais à une vive réaction de leur part… et c’est exactement ce à quoi j’ai eu droit. Les yeux dans les yeux, ils m’ont répondu qu’ils préféraient me rejeter. Il faut savoir que la culture israélienne est une culture hyper communautaire. Au même titre que pour une tribu, être rejeté par une personne, ou les membres d’une même famille, revient à être rejeté par toute la communauté, amis, proches et contacts inclus. Je n’étais qu’un adolescent, être repoussé par tout mon entourage si soudainement a été difficile à encaisser. »

L’équipe de louange conduit l’assemblée dans des temps d’adoration avec des chants en hébreu (certaines compositions sont d’eux !) puis ils aiment finir avec quelques chants cadencés en amharique.

Est-ce qu’il y a eu un moment où tu t’es rendu compte que témoigner signifiait plus que simplement parler de Yéshoua  à ton entourage ?

« Comme on dit, les actes parlent plus que les paroles, et même si j’étais très prompt à parler de Yéshoua à tout le monde, je me suis rapidement rendu compte que la manière de vivre ma foi avait plus d’impact que mes discours. Les israéliens sont rarement impressionnés par quoi que ce soit. On vit dans un pays difficile, la vie y est dure, et je pense que c’est pour ça qu’ils remarquent très vite quand quelqu’un vit quelque chose de particulièrement positif. Quand j’étais dans l’armée notamment, on me demandait très souvent : « Mais comment tu fais pour avoir l’air si paisible ? D’où vient cette paix qui émane de toi ? ». Tous mes beaux discours auraient eu un impact minime s’ils m’avaient vu perdre mon sang-froid ou tricher à l’examen de la veille. A contrario, quelques mots (parfois même, aucun mot du tout) en disaient long sur ma foi, sur ma manière de suivre les commandements du Seigneur (même si la plupart d’entre eux ne considéraient pas ça comme ça).

Quand j’étais au lycée religieux (Yéshiva en hébreu), mes camarades de classe se sont plaints de moi au directeur de l’établissement, ils me reprochaient de parler de Yéshoua. Suite à ça, j’ai été convoqué. Je me souviens encore de combien j’étais nerveux ce jour-là, pour rien, parce qu’en fait, étant un élève modèle, la direction ne donna pas suite à la plainte.

À l’université, il s’est produit la même chose. Mon propre colocataire s’est plaint au surveillant de dortoirs du fait que je donnais des cours bibliques dans ma chambre. On était amis, mais sur ce point-là, il s’opposait fermement à moi. J’ai été conduit jusqu’au directeur de l’établissement et je lui ai expliqué que, en tant que citoyen israélien vivant dans un pays démocratique, j’étais dans mon bon droit. Il connaissait ma réputation, j’étais un étudiant travailleur, j’aidé les autres en toute occasion et j’avais même gagné le concours du dortoir le plus propre. Du coup, après notre entretien, le directeur a convoqué tout le reste de mes camarades de chambre dans son bureau pour leur dire qu’ils gagneraient tous à me ressembler un peu plus. Bien évidemment, il parlait d’imiter mon comportement, mais personne ne pouvait nier le fait que mes actes et ma foi étaient intimement liés. »

Parmi toutes les différentes manières de rendre témoignage, laquelle trouves-tu complètement inefficace en Israël ?

« Je crois pas qu’il existe une manière parfaite de rendre témoignage. Je me permettrai pas non plus de déclarer certaines pratiques comme étant mauvaises, mais c’est vrai qu’il y a des manières de faire qui sont moins efficaces que d’autres en fonction des cultures.

Premièrement, où qu’on se rende, je crois que c’est essentiel de commencer par comprendre la culture et les gens qui nous entourent, avant de se précipiter dans l’annonce de l’Évangile. Par exemple, si une femme rentre dans une synagogue ultra-orthodoxe pour prêcher la bonne nouvelle, faut pas s’attendre à ce que qui que ce soit l’écoute, vu qu’ils ne sont pas autorisés à parler avec des femmes, ou encore, si je prenais une pancarte et que je me postais à un coin de rue pour hurler l’Évangile, est-ce que j’obtiendrais du résultat ? Très peu probable. Des moqueries et quelques jets de pierres ? Très certainement…

Culturellement parlant, une approche aussi brutale a très peu de chance d’obtenir du résultat, pour plusieurs raisons d’ailleurs. Déjà, les juifs sont très fortement attachés à leur identité juive, elle-même liée à leur histoire en tant que peuple. Leur demander de croire dans autre chose que ce que leurs parents (ou leurs ancêtres, d’une manière générale) ont cru jusque-là, revient à leur demander de changer de planète. Ensuite, il existe tout un passé historique extrêmement tendu entre les juifs et ceux qui prétendent être des disciples de Yéshoua. Rien que ces deux sujets doivent souvent être abordés avant de pouvoir commencer à parler de Yéshoua. »

Tu vis en Israël depuis plusieurs dizaines d’années, tu y as passé la majeure partie de ta vie et tu as sûrement eu l’occasion de voir pas mal de groupes chrétiens internationaux venir ici, pleins de ferveur, très impatients de témoigner aux juifs. Qu’est-ce que tu penses de ce type d’efforts ?

« Pour commencer, je voudrais préciser une chose : je suis convaincu que ce type de groupes internationaux ont les meilleures intentions à cœur. Je crois que ces gens sont de bonnes personnes, aimant le Seigneur passionnément. Cependant, en tant que juifs messianiques en Israël, on passe une grande partie de notre temps à dissiper la confusion générée par ce type de visiteurs, pleins de bonnes intentions, mais sans aucune compréhension de la culture du pays. Il y a énormément de nuances qui se perdent quand on utilise l’anglais au lieu de l’hébreu pour prêcher la Bonne Nouvelle. Il y a un vrai problème de barrière de la langue qui est non-négligeable.

Parmi les problèmes les plus récurrents aussi, on trouve celui des chrétiens qui expliquent aux juifs qu’il leur faut se convertir au christianisme. Il n’y a absolument rien dans la Bible qui demande à ce qu’un juif abandonne sa judaïté pour croire en Yéshoua. C’est même l’inverse, les apôtres ont dû expliquer aux gentils qu’ils n’avaient pas besoin d’être juifs pour croire en Yéshoua. Ils ont clarifié ce point tout particulièrement parce qu’à l’époque, la foi en Yéshoua était reconnue comme étant une croyance juive uniquement. Du coup, il nous faut passer beaucoup de temps à expliquer aux juifs que croire en Yéshoua ne requière pas du tout de devoir abandonner sa judaïté, ou l’héritage de leurs ancêtres. »

Les réunions de Shabbat sont entièrement en hébreu, ça ne les empêche pas de clore la réunion avec une chanson en amharique, bien rythmée.

Qu’aurais-tu envie de dire aux chrétiens qui viennent en Israël pour partager leur amour de Yéshoua avec des israéliens ? 

« Si leur but est juste de cocher la case : J’ai témoigné à un juif, dans leur liste de choses à faire une fois dans sa vie, qu’ils le fassent, après tout, si ça leur fait plaisir… Par contre, aux chrétiens qui ont le désir de voir un vrai fruit à long-terme, à ceux qui veulent participer à l’établissement de disciples matures et autonomes en Israël, pour ceux-là, je recommande deux choses. Avant tout, prenez le temps d’en apprendre un peu plus sur la culture et l’histoire d’Israël. 

Comprenons-nous bien, je ne cherche pas du tout à décourager les visiteurs internationaux de venir sympathiser avec les israéliens et je ne demande pas non plus à ce qu’ils cachent leur foi, loin de là ! D’ailleurs, je reste convaincu que Dieu demeure le seul décisionnaire sur la manière à utiliser pour atteindre son peuple. Néanmoins, je voulais souligner à quel point il est important de pleinement prendre conscience de la complexité de la relation qui existe entre Dieu et Israël depuis des milliers d’années (complexité relatée dans chacune des pages de nos bibles). Et de la relation entre l’Église des gentils et les juifs, elle est tout aussi complexe que la première et elle se prolonge bien après la dernière page du Nouveau Testament. Dans un tel contexte, on peut pas se permettre d’arriver de nulle part pour déballer tout ce qu’on a sur le cœur (quand bien même on est convaincu que ça vient du Seigneur) et s’imaginer que tout le reste va disparaitre comme par magie. 

Ce qui m’amène à ma seconde recommandation, à savoir, faire tout ce qui est en votre pouvoir pour prendre contact avec des groupes de croyants messianiques israéliens matures, sur place, qui prendront le relai quand vous rentrerez dans votre pays d’origine. Mener quelqu’un au Seigneur c’est exactement comme avoir un enfant spirituel. Vous ne mettriez pas au monde un bébé sans vous être préalablement renseignés sur la marche à suivre après sa naissance, sachant pertinemment qu’il ne pourra pas se débrouiller seul. Eh bien ce serait tout aussi irresponsable de votre part de mener quelqu’un au Seigneur, puis de rentrer chez vous et de le laisser seul, sans lui offrir un contact sur place pour lui venir en aide. Alors que si vous êtes en relation avec des messianiques en Israël capables de prendre le relai, votre impact sera durable. Et qui sait ? peut-être qu’un jour vous reviendrez en Israël et apprécierez de voir que, la personne que vous avez mené jusqu’aux portes du Royaume, est maintenant un frère accompli. »

Quand on voit comment l’assemblée de Joseph a démarré (cf. Quand les juifs éthiopiens sont rentrés à la maison, chronique de Maoz Israel) et là où elle en est actuellement, tout juste un an après, on ne peut conclure qu’une seule chose : la faveur de Dieu est sur cette œuvre. Leur lieu de rassemblement est plein à craquer, les plus jeunes apprennent leurs leçons de Shabbat sur le sol de la cuisine, les pré-ados étudient sur le patio, dehors, et les ados ont investi le petit bureau de Joseph. Le genre de problèmes que nous aimerions tous avoir. Bien évidemment, nous nous faisons un plaisir de trouver toutes les solutions ensemble, pour grandir comme il se doit. 

Pour conclure, je voulais ajouter que les disciples qu’il forme aujourd’hui font tous preuve d’une ferveur telle que ça ne peut pas passer inaperçu devant le trône de Dieu. Nous sommes très impatients de voir cette génération à l’œuvre, bien qu’elle ne soit encore qu’à l’état de petite graine de sènevé. 

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